Une route sacrée de Saint-Martial de Limoges à Saint-Gilles-du-Gard

Publié le par Christian Bélingard

Une chanson de geste composée au XII ème siècle, à la gloire d'un personnage légendaire dit Guillaume d'Orange, présente un énorme intérêt pour redécouvrir une ancienne route de pèlerinage, de toute évidence suivie à l'époque par un certain nombre de « chemineaux » qui se fixaient pour but de visiter les sanctuaires majeurs qu'étaient au Moyen-Âge Saint-Martial-de-Limoges, Notre-Dame-de-Rocamadour, Sainte-Foy-de-Conques, Saint-Guilhem-le-Désert, et Saint-Gilles-du-Gard. Pour Edmond-René Labande, spécialiste reconnu de la littérature médiévale, il ne fait aucun doute que cette route, évoquée dans le « Moniage Guillaume » ait véritablement existé. 1

Saint-Gilles: le lavement des pieds d'un pèlerin

( photo: CB, avril 2016)

Le « Moniage Guillaume » est un texte épique qui fourmille de détails sur les dangers auxquels le pèlerin pouvait être confronté. Cette chanson de geste insiste par exemple sur les difficultés que rencontraient les voyageurs surpris par les crues soudaines des rivières à traverser pour se rendre d'un sanctuaire à l'autre. D'autre part, l'auteur du texte paraît avoir été lui-même confronté au spectacle fascinant de la route médiévale à Rocamadour ( Rochemadoul dans le texte):

 

« Quand il iront a Saint Gille proier

Par la iront Rochemadoul poier (grimper)

A Nostre Dame qui en la roche siet »

 

La carte ci-dessous a été publiée dans l'ouvrage majeur de Raymond Oursel, Pélerins du Moyen-Age2, qui a représenté les quatre chemins de Saint-Jacques décrits par le Guide du Pèlerin d'Aymeri Picaud ( XIIème siècle). En y ajoutant la « route sacrée » décrite par Edmond-René Labande, on se rend compte que le pèlerin médiéval qui partait de Saint-Martial de Limoges pour Saint-Gilles ( dont le prestige était également immense) avait ainsi la possibilité de visiter quelques-uns des principaux sanctuaires qui jalonnaient la voirie médiévale de l'époque romane. Il pouvait même entreprendre de là le voyage fabuleux pour la Terre Sainte, puisque Saint-Gilles était à proximité du port d'embarquement pour Jérusalem.

 

Les distances à effectuer ne décourageaient pas de toute évidence le marcheur convaincu, le pèlerin engagé dans un vœu en quelque sorte héroïque. A titre d'exemple, le livre des Miracles de sainte Foy raconte comment « un jeune paralytique de Reims parcourut successivement  la France, la Germanie, la Celtique et la Belgique, l'Italie et l'Espagne, aboutissant à Compostelle d'où il revint par Toulouse et retrouva finalement l'usage de ses membres grâce à Sainte Foy de Conques, qui le détourna ainsi de Saint-Martial-de-Limoges où il avait en désespoir de cause résolu de se rendre. »3

 

Cette route médiévale de Saint-Martial-de-Limoges à Saint-Gilles illustre en somme l'extrême complexité des cheminements de l'époque romane, qui n'étaient pas uniquement guidés, loin s'en faut par l'étoile de Compostelle si souvent évoquée...

 

 

 

1Travaux de littérature publiés par l'ADIREL, tome 11 , 1989, p 10 ( « Pélerins supposés ou authentiques vus par des poètes d'oïl », Emond-René Labande)

2Fayard, 1978

3Raymond Oursel, Pélerins du Moyen-Age, Fayard, 1978, p26-27

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