1ère croisade: de Limoges à Constantinople (3)

Publié le par Christian Bélingard

En prêchant la croisade d'abord à Clermont, puis ensuite à Limoges ( Noël 1095), le pape avait exhorté les fidèles à délivrer le Saint-Sépulcre , mais aussi à porter secours à leurs frères d'Orient, victimes des sévices des Musulmans. Alors que tout l'Occident ou presque rapliquait, armé jusqu'aux dents, vers son territoire,  l'empereur byzantin, Alexis 1er Comnène, était inquiet. Il craignait fort que la somptueuse capitale de son empire, la prestigieuse Byzance ou Constantinople (1), ne soit pillée par les Croisés. Lorsqu'il apprit que les troupes de Raymond IV, dont le contigent limousin faisait toujours partie, se livraient à des exactions dans les Balkans, il expédia des troupes de mercenaires qui se heurtèrent aux hommes du Comte de Toulouse et y perdirent des soldats.

 

 

Mais l'empereur était un habile diplomate. Alexis chercha de nouveau à négocier avec Raymond IV, alors que son armée était arrivée à Rodosto, l'ancienne Bisanthe, à mi-chemin entre Gallipoli et Constantinople, sur la côte septentrionale de la mer de Marmara ( rebaptisée en turc Tekir-Dagh). Il  envoya au  Comte de Toulouse une nouvelle délégation. D'autre part, un avis  fut également transmis par les autres chefs de la croisade (notamment le prince Bohémond, le duc de Lorraine, le comte des Flandres) qui étaient déjà arrivés sous les murs de Constantinople. Le message était clair: il était impératif que l'armée du Comte de Toulouse se joigne très vite aux autres troupes pour affronter  les Infidèles en étant tous regroupés. Raymond IV envoya quelques émissaires à la cour impériale et fut rassuré sur les intentions de l'empereur à son endroit . Il laissa son armée à Rodostgo, sous la garde de ses officiers et des évêques, et arriva vers le mois d'avril 1097 à Constantinople avec une faible escorte.  Son armée entière n'arriva que quelques jours plus tard et le gros des troupes s'installa à l'extérieur de la ville, après avoir franchi le Bosphore.

flotte des croisés devant Byzance 
flotte des Croisés devant Byzance
( Bnf, Français 5594)


Le comte de Toulouse pensait qu'il était le seul à pouvoir diriger la croisade. Son expérience contre les Maures ( Reconquista en Espagne) plaidait en sa faveur. De surcroît, il était accompagné du légat du pape, Adhémar de Monteil, évêque du Puy. L'empereur Alexis le tint pour un homme plus civilisé que les  autres chefs croisés. Cependant Raymond refusa de prêter serment à l'empereur ( au prétexte qu'Adhémar avait été blessé par les Serbes et qu'il avait du prolonger son séjour à Thessalonique).  Il accepta un serment  dans lequel il s'engageait à respecter la vie et l'honneur du "Basileus" et à ne rien tenter contre lui. Alexis dut se satisfaire de cet accord. Les relations entre Raymond IV et Alexis furent cependant des plus cordiales par la suite. L'empereur chercha d'ailleurs à opposer le comte de Toulouse à Bohémond dont les ambitions menacèrent très vite certains de ses territoires.

Voilà donc, en résumé, comment le contingent limousin, dans le sillage du comte de Toulouse parvint à s'établir au printemps 1097 au seuil de l'Asie Mineure. C'était déjà une belle prouesse que d'avoir pu  parcourir en guère plus de six mois une distance aussi longue entre le pays de Limoges et les rives du Bosphore, en empruntant exclusivement la voie terrestre. Et les exploits les plus prodigieux étaient à venir...

 
à suivre



(1) En 330 après JC, l'empereur romain Constantin 1er établit à Byzance, sur le Bosphore, entre l'Europe et l'Asie, une nouvelle capitale baptisée "Nouvelle Rome". La cité sera un peu plus tard appelée Constantinopolis, ce qui veut dire ville de Constantin en grec (Constantinople en français).

 

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