Bré, ancienne citadelle

Publié le par Christian Bélingard

 

Le modeste hameau de Bret est situé sur le territoire de la commune de Coussac-Bonneval (Haute-Vienne). Ici, rien de « médiéval », à première vue. Une habitante, native de ce lieu, me parle d’une fontaine sacrée que l’on peut encore voir décorée de quelques fleurs artificielles ainsi que d’un maison très ancienne qui possède « une cave voûtée » sous une première cave… Mais il faut aller sur la hauteur, derrière les vieilles maisons du village, pour enfin découvrir ce qui est caché depuis la route et qui fait tout l’intérêt du site : une ancienne motte castrale qu’une petite ruelle recouverte de bitume a un peu écornée. C’est d’ailleurs sous le nom de « la mouta », c’est-à-dire littéralement « la motte » en occitan que la paysanne me désigne cette butte de terre complantée de quelques arbres et plutôt incongrue dans le paysage.


 

La forteresse

Bré est une ancienne forteresse implantée sur le versant méridional d’une colline qui domine la vallée de la Boucheuse. Une première mention écrite de Bré apparaît au X° siècle,  au moment de la réunion du Comté de Limoges à la couronne de France (920). C’est l’époque où les barons, comtes et vicomtes du Limousin sont obligés de se placer sous l'autorité du Roi ( annales manuscrites de Limoges, manuscrit de 1638).  Au XIX° siècle, l’historien François Marvaud a parlé d’une véritable citadelle incluant le château lui-même mais aussi des constructions périphériques. Selon cet auteur on pouvait y voir jadis « plusieurs tours carrées, entourées elles-mêmes de murs crénelés, joignant aux principaux côtés de la place par des saillies et des barbecanes. Tout l’ensemble formait diverses enceintes assez éloignées les unes des autres, et dont chaque entrée était protégée par deux tours sous lesquelles il fallait passer pour arriver au donjon principal , qui communiquait par des souterrains aux autres parties de la place."

 

L’auteur qui a publié ce texte en 1842 précise à son époque qu’il « ne reste plus…de cette citadelle que quelques vestiges d’une haute tour située au nord, la base de celle du centre, et une autre un peu mieux conservée au nord-est. Un siècle et demi plus tard, des restes d’une muraille ancienne correspondant à l’une de ces tours est toujours visible. Une habitante du village, tenant d’autres renseignements de ses ascendants directs, m’a précisé par ailleurs que plusieurs maisons ou granges, composant l’actuel hameau de Bret, ont été édifiées à partir des anciens vestiges de la forteresse détruite au XIII° siècle (voir ci-dessous).

Aperçu historique

La prise du château de Bré est consécutive à la volonté de Guy VI , vicomte de Limoges, surnommé « Le Preux », de faire respecter l’ordre sur toute l’étendue de sa vicomté, et d’éliminer les bandes de brigands désignés alors sous le nom de « routiers » qui passaient pour des mercenaires à la solde des Plantagenêts (autrement dit des rois d’Angleterre). Ainsi peut-on comprendre l’attaque menée le 3 octobre 1242 contre ce château qui appartenait à Durand d’Orliac, évêque de Limoges. On y a vu aussi l’expression des vieilles haines opposant le pouvoir politique incarné par les Vicomtes et le pouvoir religieux que représentait l’évêque du diocèse de Limoges. Toujours est-il que Guy VI s’empara de la forteresse et en fit un tas de ruines, au terme d’un siège dont on ne connaît pas la durée.

 

L’évêque se plaignit auprès du Roi de France, accusant les habitants de Limoges qui avaient pris parti contre lui. Les auteurs de cette destruction spectaculaire répondirent qu’ils avaient obéi à leur suzerain, à savoir le vicomte, et que lui seul était responsable de la  démolition du château. La terre de Bré devint quelques décennies plus tard une châtellenie sur laquelle le Chapitre de Saint-Yrieix (c’est à dire l’Eglise arédienne) exerça sa suzeraineté. Puis elle passa aux mains des Maumont. Le roi de France l’acheta en 1306. Philippe-le-Long en fit donation à Henri de Sully en 1317, ce qui transforma son statut en baronnie. Puis Etienne Aubert en devint seigneur avant que la terre soit transmise à Geoffroi Hélie de Pompadour qui l’acheta en 1490. Cette famille voulut exiger alors des seigneurs voisins un hommage ancestral qui avait cessé lorsque les Sully devinrent seigneurs de la baronnie.  Ainsi les seigneurs de Bonneval, de Cotet, de La Tour, de Livron, de Jourgnac, de Lubersac, du Breuil, des Cars notamment furent-ils condamnés le 19 mars 1504 par le Parlement de Bordeaux à rendre hommage au baron de Bré. Marie-Françoise Hélie de Pompadour, épouse du marquis d’Hautefort, possédait encore la baronnie à sa mort en 1726. Le Roi de France fut de nouveau propriétaire de celle-ci par échange avec le duc de Choiseul, en même temps qu’il prit possession des terres de Pompadour.

Les Bré partant pour la Croisade

Bernard de Bré, portant le titre de « prince », fit le voyage de la Terre Sainte où il mourut sous le règne de Philippe, roi de France entre l’an 1100 et l’an 1103. Un autre membre de cette famille, Wido de Bré, parti en 1100 pour la Terre Sainte et mourut également à Laodicée. Les moines de Vigeois héritèrent de ses biens. Une église dédiée à Saint-Martin existait dans l’enceinte de la citadelle, à proximité du château. F. de Bré la donna aux moines de Vigeois en 1028 ou 1029 (chronique de Vigeois). Un abbé y fut nommé en 1097 par l’évêque de Limoges. L’église était une cure jusqu’au XIV° siècle et fut ruinée par les Anglais.

 

Un circuit pour découvrir la région

Parcours de 53 km réalisé en 2h30, soit environ 21km/h de moyenne. Arrêts suggérés à Coussac-Bonneval (château et lanterne des morts) et Saint-Yrieix.(collégiale).

 

 


 

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guillaume 03/03/2011 18:41


Extrait de Wikipédia Innocent VI
"Innocent VI, né Étienne Aubert, à Beyssac en Corrèze, 1282 et mort le 12 septembre 1362. Il est évêque de Noyon et évêque de Clermont, puis pape à Avignon, de 1352 à 1362, comme successeur du pape
Clément VI (1342-1352).

Innocent VI est né dans le hameau des Monts, diocèse de Limoges, dans la future commune de Beyssac, dans le sud du Limousin. Le père d'Étienne Aubert, Adhémar Aubert (1265-1303) a pour nom sur les
documents, Ademarus Alberti de Pompador. Les Aubert rendent hommage à la seigneurie toute proche de Pompadour. Nous ne connaissons de sa famille aux origines obscures que le grand-père, déjà
prénommé Étienne et encore vivant en 1273. Mais, la famille Aubert figure parmi les premiers bienfaiteurs de la Chartreuse de Glandier dès 1220.

En 1352, Guillaume Aubert, neveu du pape, se porte acquéreur de la châtellenie et du château de Bré, près de Lubersac, sur la commune de Coussac-Bonneval en Haute-Vienne.


Christian Bélingard 06/03/2011 17:50



merci pour ces précisions !