Gaulcem Faidit, l'exilé

Publié le par Christian Bélingard

 

Gaulcem Faidit naquit très probablement avant 1150 en Limousin. Son lieu de naissance se situerait entre Uzerche et Ayen ( Corrèze), petit pays dont le château de Comborn forme le centre. On sait que les relations entre le troubadour et Comborn sont attestées par l’un de ses poèmes ( Tot so que-i-pert).

 

 

gaulcem faidit et guillelma mona
B.N.F, texte de la "Vida", Français 854, folio 33v
 
Le nom de Faidit a été localisé à Pérols ( dans la Montagne limousine), à Hautefort (en Périgord) ainsi qu’à Turenne dans des familles de hobereaux ou de chevaliers. Gaulcem Faidit vendit un pré en 1193 à l’abbaye d’Obazine mais le lieu Lo Sauger ne s’est pas pérennisé. Cette terre était en tous cas un bien de famille, son frère G… avait participé à cette vente. Dés ses débuts, il paraît avoir été un grand voyageur et son activité de poète semble commencer vers les années 1170. Il a fréquenté ainsi le Piémont et la Lombardie sans abandonner le Limousin où il revient de temps à autre. On retrouve également trace de son passage dans de nombreuses régions françaises (Provence, Aquitaine, Auvergne, Poitou, etc…) mais aussi en Hongrie où il est accompagné par sa femme Guillelma qui fut à la fois son accompagnatrice et son interprète. On retrouve ensuite Gaulcem Faidit au service d’une vicomtesse, Maria, dont il chante les louanges vers 1192-1193, alors qu’il revient de la Troisième Croisade ( son départ pouvant se situer vers 1190).


B.N.F. Français 12474, fol. LXXI, Gaucelm Faidit
 

 

 

Un des ses poèmes, composé en français d’Oïl, se présente en effet comme un chant de croisade. Le Troubadour y fait donc figure de Trouvère.  Ses relations avec la vicomtesse de Ventadour sont bien établies puisqu’il retrouve celle-ci  vers 1192. Dans des relations écrites avec un hobereau de la région d’Ussel (1193), il apparaît que Gaulcem Faidit avait bien participé à un « pèlerinage » en Terre Sainte à cette date du vivant de Saladin. On y apprend le nom de sa femme (citée plus haut) et l’existence de leur fils. On y découvre aussi qu’il avait côtoyé,  à l’occasion de la troisième croisade, Richard Cœur de Lion. Le troubadour participe ensuite à une nouvelle croisade- la quatrième- et tout indique qu’il s’embarqua avec la Croisés à Venise le 8 octobre 1202. Sa trace est établie jusqu’à Zara, peut-être continua-t-il jusqu’à Constantinople. Il est possible qu’il soit mort pendant cette croisade, mais un ultime retour en Limousin ou en Provence n’est pas à exclure. Il est probable que Maria de Torena, vicomtesse de Ventadour- sa « belle dame sans merci »- lui survécut. La
mort de Maria est attestée en 1222.

 

 

Les poésies
 
Au moins soixante-cinq poèmes sont attribués à Gaulcem Faidit « l’exilé ». Il a chanté l’amour courtois à la cour de Marie de Ventadour, femmes de lettres et elle-même trobaritz. Il a aussi chanté la nostalgie de ses terres limousines : « je retourne au pays où le moindre jardin m’est plus que riche terre ». Malgré les railleries de ses confrères, il reste un troubadour réputé. Il est aussi considéré pour avoir les célébré les louanges d’un grand roi- Richard Cœur de Lion- et de ses frères Plantagenet. Il a été également le propagandiste d’une croisade avec Boniface II de Montferrat dont il ne revint peut-être pas.
 
Exortation à la croisade
 

"Barons de France et d'Aquitaine, allons dans la Palestine, pour venger les outrages que les Infidèles font à Dieu. Le vicaire du Christ l'ordonne. En prenant la croix, les pêcheurs se laveront de leurs crimes, sans être obligés de revêtir leurs corps de cilice et de bure. Le paradis sera pour ceux qui partiront, l'enfer pour vous tous qui restez au milieu des plaisirs et des distractions de ce monde.
 
 
Quant aux malades et aux vieillards, qu'ils donnent d'abondantes aumônes puisqu'ils ne peuvent suivre l'étendard de la croix. Guillaume Faidit que la plus jolie des châtelaines du Limousin avait obligé à se croiser ne manque pas de franc-parler. Il reproche à Philippe-Auguste de préférer les plaisirs de Saint-Denis aux rudes batailles contre les Sarrazins: "Adieu, dame cruelle. J'implore ta pitié. Je pars pour le long voyage, je sais que c'est folie de t'aimer. Adieu France, douce patrie, adieu beau Limousin, je vais servir Dieu avec les pélerins sous l'étendart de la croix. Et vous, rois Henri et Philippe, cessez d'imprudentes querelles, abandonnez les soins de vos cours plénières pour marcher au secours du Saint tombeau. » Tel était l'état des esprits. On ne parlait plus dans les châteaux, parmi les barons de France et d'Angleterre, que de la croisade. Aussi, lorsque les deux rois annoncèrent qu'on traiterait des malheurs de Jérusalem dans l'assemblée de Gisors,  tous les grands de France, d'Angleterre et d'Aquitaine, se hâtèrent de se rendre en cette assemblée, « de sorte que c'était merveille à voir que tant de vaillants hommes, l'arme en tête et la lance au poing. Sous des tentes diversement placées,brillaient les écus et les armoiries de Richard duc de Guyenne, de Hugues duc de Bourgogne,de Philippe comte de Flandre, de Henri comte de Champagne, de Thibaut comte de Blois,de Robert comte de Dreux, de Raoul comte du Perche des comtes de Soissons, de Clermont, de Bar, de Beaumont de Jacques, seigneur d'Avesne, et du brave Guillaume...

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