Les possessions de l'abbaye de Tulle en Castille

Publié le par Christian Bélingard

Les relations entre le Limousin et l'Espagne du Camino Frances remontent au XIIème siècle. Alphonse VIII le Noble, roi de Castille fit une donation en 1181 à "la bienheureuse Marie de l'église de Rocamadour" ainsi qu'à "Géraud, abbé de l'église de Tulle". L'abbaye de Tulle était en réalité propriétaire du sanctuaire situé dans le Quercy. C'est pourquoi les moines corréziens se retrouvèrent dotés  jusqu'au XIVème siècle ,dans le royaume de Castille, d'une exploitation agricole qui fut placée sous l'autorité d'un prieur, avec un chapitre composé de douze membres. Ces possessions formées de sources, de moulins, de prés, de jardins, de vignes, de vergers et de bois, étaient libres de tout impot et autres corvées, poursuites judiciaires ou péages. Cette possession prit le nom de Notre-Dame d'Hornillos.

 

Alfons8 Tumbo                                                                          Alphonse VIII le Noble, roi de Castille
                                                                                                  (miniature)


Hornillos était située, tout près de Burgos, sur le chemin de Compostelle. La famille Plantagenet, maîtresse de l'Aquitaine au XIIème siècle, avait réussi à nouer par des alliances matrimoniales successives, des liens étroits avec les familles régnantes du royaume de Castille. Alphonse VIII (1155-1214) était lui-même le gendre d'Henri II Plantagenet et d'Aliénor d'Aquitaine. Il fonda avec son épouse ( qui s'appelait aussi Aliénor)  le monastère de Santa María la Real de las Huelgas, qui est l'un des monuments les plus importants et célèbres d'Espagne. Ses fondateurs voulaient en faire souhaitaient un lieu digne pour accueillir un Panthéon des Rois, et avaient fait en sorte qu'il puisse servir de villégiature à un grand nombre de femmes de la haute aristocratie et de la royauté.


800px-Burgos monasterio huelgas lou                                 Monastère de Santa Maria la Real de las Huelgas (Burgos)

 

Ces échanges, qui existèrent très tôt entre le Limousin et la péninsule ibérique, furent incontestablement à l'origine de pèlerinages croisés. Les gens d'Espagne furent attirés par l'exotique sanctuaire marial de Rocamadour, tandis que les limousins faisaient route vers la Galice via la Castille. On a retrouvé plusieurs lieux de culte voués à Saint-Léonard, en différents points de la péninsule ibérique, et il est établi qu'un certain Guillaume de Royère originaire de  Saint-Yrieix ( aux confins du Limousin et du Périgord) était à la fois chanoine de Saint-Yrieix et de Burgos...(1)

 

(1) Christian Bélingard, De Vézelay à Saint-Jacques de Compostelle, Editions Sud-Ouest (2001)

Commenter cet article