Marie de Ventadour, trobaritz* en Limousin

Publié le par Christian Bélingard

 Marie de Ventadour (ou Maria) était la fille de Raymond II, vicomte de Turenne et de Hélis de Castelnau. Née en Limousin, vers 1165, elle l'une des "trois de Turenne" ( las tres de Torena), toutes trois célèbres par leur beauté et chantées par le troubadour Bertrand de Born. Il semble qu'elle fut mariée à Eble V, vicomte de Ventadour, avant 1183. La cour de Ventadour était réputée pour son activité culturelle où l'amour courtois était célébré de longue date. Marie protégea des poètes comme Pons de Capdeuil, le Moine de Montaudon, Gaucelm Faidit et Gui d'Ussel. Ce dernier, ayant perdu sa dame, ne chantait plus. Les dames du pays en furent affligées et en particulier Marie que Gui avait souvent louée.
amour courtois
A la cour de Ventadour s'ouvrit un débat pour savoir si un chevalier "du moment que sa dame lui donne son amour et le prend comme chevalier et ami, doit, tant qu'il est loyal et fidèle, avoir autant de suzeraineté et d'autorité sur elle que la dame en a sur lui". Marie ne le pensait pas. Pour ramener Gui "aux chansons et à la joie", elle le provoqua à échanger un dialogue avec elle ( une tenson dans le langage des troubadours). Ce poème fut écrit avant 1209, date de l'interdiction d'écrire qui lui fut faite par le légat du pape. La conclusion du texte que nous a laissé Marie de Ventadour est que si la dame noble accorde l'égalité en amour à son soupirant, elle s'abaisse...

Gui, tot so don es cobeitos
Deu drutz ab merce demander,
E pompna pot o comandar,
Et deu ben pregar a sazos ;
e-l drutz deu far precs e comandamen
cum per amiga et per dompna eissamen,
e-il dompna deu a son drut far honorcum ad amic,
mas non cum a seignor.

Gui, tout ce que l’amant désire,
Il doit le demander en grâce ;
Mais la dame peut commander
et prier aussi quelquefois.
Lui, doit vœux et les ordres
Comme émanant d’amie et de Dame ;
Mais celle-ci doit honorer l’amant
Comme un ami et non point comme un maître.


L'association Carrefour Ventadour vient d'éditer la 1re traduction française d'extraits de la grande anthologie « Los Trovadores  » de Martin de Riquer. Intitulée « Ebles & Bernart de Ventadorn, Gui d'Ussel et Maria de Ventadorn », elle est augmentée d'un article original sur Marie de Ventadour, par P. Ricketts, D. Billy et L. de Goustine. Il ne s'agit pas seulement d'un fervent hommage au « berceau du trobar », mais aussi d'un plaidoyer pour convaincre de l'urgente nécessité de publier en français la totalite de « Los Trovadors » , une anthologie incontournable de la culture médiévale occitane.Toutes commandes à Carrefour Ventadour, les Farges, 19300 Moustier Ventadour (  tiré du "Populaire du Centre, 25 janvier 2O1O)


*trobaritz: féminin de troubadour

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Marie Bardet 01/03/2010 10:23


dans des généalogies consultées, elle semble être appelée "Comtor" ayant épousé Hélis (je suppose Eble) de Comborn : est-ce-la même car aucune de ses généalogies ne font mention de ses poésies :
a-t-elle eu des enfants car il semblerait que son mari soit mort assez rapidement ?


Christian Bélingard 01/03/2010 13:21


je prévois d'autres articles au sujet de Marie, que j'aime bien moi aussi, vous l'aurez compris; si vous voulez prospecter, il existe une association "carrefour Ventadour" qui pourrait, je le
pense, vous apporter davantage de précisions. A consulter également un ouvrage récent: Bertrand de Born, par Jean-Pierre Thuillat, Fanlac, 2009


Marie Bardet 01/03/2010 10:15


très beau et tellement "actuel" que bien des jeunes filles devraient méditer. Pourquoi lui a-ton interdire d'écrire ?