Santo Domingo, l'ami des pèlerins

Publié le par Christian Bélingard

Entre Najera et Redecilla, le camino frances  empruntait un chemin qui fut construit par Santo Domingo de la Calzada, un des illustres bienfaiteurs du pèlerinage à Compostelle. Dans le Guide du XIIème siècle, intégré dans le Codex Calixtinus , il est question du saint auquel l'auteur présumé de l'ouvrage, Aimery Picaud, rend hommage. La ville de Santo Domingo de la Calzada porte le nom de cet ancien berger qui aurait aussi fait construire un pont et transformé son ermitage en refuge pour les pèlerins. Le roi Alphonse VI lui rendit visite et lui attribua des terrains. Un bourg se constitua où une église romane vit le jour. Elle fut reconstruite au XIIème siècle, et conserve toujours le déambulatoire et l'abside de la première église*.

                              église santo domingo NEW                                        église de Santo Domingo de la Calzada (photo Bernard Becuwe)
 

C'est au XVème siècle que le renom de Santo Domingo de la Calzada fut encore augmenté quand un pèlerin plus ou moins illustre situa dans cette ville le lieu où s'était produit un des miracles les plus populaires de ceux qui furent attribués à Saint-Jacques. Il s'agit de la célèbre fable dite du "pendu-dépendu" dont on retrouve trace dans quantité de retables en France, en Suisse, en Allemagne. Une des plus anciennes évocations de la légende figure dans le recueil des miracles de Saint-Amand (XIème siècle), conservé par la Bibliothèque municipale de Valenciennes.

                  pendu dépendu NEW                       Recueil des miracles de Saint-Amand, scène du miracle du pendu-dépendu,
                                                        Valenciennes, BM, Ms 502 (XIème s.)

 

Le miracle du pendu-dépendu constitue le septième miracle relaté dans le deuxième livre du Codex Calixtinus. Il s'agissait de mettre en garde les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle contre les mauvais agissements d'aubergistes peu scrupuleux.  En 1130, Hugonell, jeune pèlerin germanique en route avec ses parents vers Saint-Jacques-de-Compostelle, passa la nuit dans une auberge. Une jeune servante lui fit des avances, qu’il repoussa. Éconduite, elle cacha dans son bagage de la vaisselle d'argent. Au moment du départ, elle l’accusa du vol du plat. Il fut condamné et pendu pour ce vol qu’il n’avait pas commis. Les parents éplorés continuèrent leur pèlerinage et prièrent saint Jacques. À leur retour de Compostelle, ils l'entendirent leur dire du haut du gibet qu'il vivait, car saint Jacques le protégeait. Émerveillés, ils s'adressèrent à l’alcalde  (de l’arabe al cadi : le juge) qui était en train de déguster un coq et une poule rôtis. Ce dernier leur répondit avec ironie: « Si votre fils est vivant, cette poule et ce coq se mettront à chanter dans mon assiette. » Ce qu’il advint, le coq chanta et la poule caqueta. L’alcalde bouleversé fit dépendre le jeune homme et pendre à sa place la fautive.

 

* à voir dans l'église la célèbre cage où l'on entretient toujours une paire de coqs blancs pour perpétuer la tradition

 

 

 

 

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Fille du Midi 06/08/2010 13:48


A travers sa légende, votre article soulève un grave problème qui devait hanter les voyageurs des siècles passés... "l'insécurité dans les gîtes et auberges". Certes, le danger raignait sur les
routes mais au sein des auberges, l'on ne devait pas être tranquille non plus. Vu le conteste de ces lointaines époques, il pouvait se passer n'importe quoi sans que jamais personne ne le sache...
Qui n'a pas en mémoire la célèbre histoire de "l'auberge rouge" qui bien que romancée, n'en n'est pas moins véridique...


Christian Bélingard 06/08/2010 20:03



oui, c'est très juste. Il fallait un moral d'acier pour se mettre en route, de la détermination, du courage. Avoir la foi, en somme...