Un habitant de Chaillac rançonné par les Anglais (1417)

Publié le par Christian Bélingard

 1417.  Cela fait déjà presque un demi-siècle que Limoges a été saccagé par le Prince Noir qui exerce la suzeraineté anglaise sur l'Aquitaine dont le Limousin fait alors partie ( Traité de Brétigny, 1360). Routiers et mercenaires pillent les campagnes et font régner la terreur. En 1411, le roi de France, Charles VI,  a donné ordre au vicomte de Rochechouart de rejoindre à Chartres l'armée royale (1). Il veut faire cesser le pillage du Royaume de France en réunissant dans cette ville tous les grands seigneurs et barons. Cela donne une idée de l'ambiance qui règne au début du XVème siècle dans une province comme le Limousin écartelée entre France et Angleterre.

A Saint-Junien, l'officier notarial Pierre Davinaud est témoin d'un drame familial parmi tant d'autres. En tant que clerc, ce 21 septembre 1417, il vient d'enregistrer une vente et il fournit à Martial Vigier, originaire de Chaillac ( aujourd'hui commune de Haute-Vienne) et à l'épouse de ce dernier une somme d'argent d'un montant de dix huit livres "solidorum monete currentes". Leur fils est en effet prisonnier des Anglais à Montbron ( aujourd'hui commune de Charente). Pour le faire libérer, ses parents ont été contraints de vendre deux setiers de blé en grains, selon la mesure de Saint-Junien.
grenier                                                                        Joseph amassant le blé , Bnf, Latin 10525
                                                                              (Psautier de Saint-Louis, vers 1270)


Le document qui atteste l'existence de cette rançon a été retrouvé par l'historien Jean-Baptiste Champeval, dans les archives de la famille Gay de Nexon (château de Nexon). On peut lire sur l'acte notarial retrouvé que la somme d'argent fournie par Pierre Davinaud servira aux parents Vigier "in et pro redempcione eorum filii capti et captivati per inimicos domini nostri Regis in villa seu garnicione de Monteberulfo" (2).

Les habitants des campagnes limousines ne sont pas au bout de leurs malheurs, notamment avec les "routiers" (brigands) installés dans la forteresse de Chalucet. Mais quelques années plus tard, l'espoir renaît avec l'intervention de Jeanne d'Arc, Orléans qui sera sauvé des Anglais, et les premières offensives du roi Charles VII en Aquitaine ( 1442-1443). La guerre de Cent Ans prendra définitivement fin avec la bataille de Castillon en 1453.


(1) archives départementales de Haute-Vienne, 1 E 3/28
(2) " pour la libération de leur filspris par les ennemis de notre Roi et emmené prisonnier dans la ville ou garnison de Montbron"

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