Montbrun: entre France et Angleterre

Le château de Montbrun est sans aucun doute l’un des plus romantiques de la région mais aussi un de ceux qui reflètent encore le mieux l’histoire mouvementée du Limousin durant la Guerre de Cent Ans. Il faut savoir que le pays fut longtemps pris en tenaille par deux illustres familles : les Capétiens (autrement dit les Rois de France) et les Plantagenêts ( c’est à dire les Rois d’Angleterre). Cliquez-ici pour connaître leur généalogie.
Montbrun
 
La randonnée est agréable, la lumière est tamisée dans les sous-bois flamboyants, c’est une des plus belles journées d’un automne déjà très avancé. L’apparition de Montbrun au milieu des feuillages est une apothéose pour le promeneur matinal. Dans l’étang qui jouxte le château se reflète la mémoire des siècles.
 
L'histoire de Montbrun
 
Le premier château de Montbrun a été bâti vers 1119 par Aymeric Brun. Le lieu s’appelait à l’origine Trados . Il faisait partie des forteresses inscrites à cette époque dans le périmètre géographique de la Vicomté de Limoges et protégeait les frontières du duché d’Aquitaine. Il était bâti sur une motte dont il reste encore un vestige à l’Ouest du château actuel. Un donjon carré à mâchicoulis, entouré d'imposantes murailles bordées par des douves, défendait alors le corps de logis. Les Anglais furent maîtres des lieux à l’époque de Jean sans Terre, roi d’Angleterre, qui le prit sous sa protection. L’occupant fut chassé des lieux un siècle plus tard : en 1353, Arnould d’Audrehen, lieutenant du Roi, s’en empara. Mais le château avait souffert de cette guerre d’usure. La reconstruction de l’édifice fut alors entreprise par Pierre de Montbrun (élu évêque de Limoges en 1426 et mort en 1457). Le bel édifice qui s’est transmis jusqu’à nous date donc de cette époque.



En 1562, les protestants à leur tour s’installèrent à Montbrun. Une garnison d’une trentaine d’hommes occupait le château mais une attaque fut dirigée contre eux et tous furent massacrés. En 1598, Montbrun fut acheté par François de Lambertie. Au mois de juin 1644, le roi de France érigea le comté de Lambertie en faveur de Gabriel, son fils. Ce territoire comprenait notamment la baronnie de Montbrun. D’autres familles s’y succédèrent jusqu’à la Révolution. Le château fut alors saccagé et ses archives brûlées. Mais au XIX° siècle, les ruines de Montbrun furent acquises par M. Laumonerie, puis par MM. de Labonne  qui les relevèrent. Le dessin ci-dessous fut réalisé à cette époque. Les différents propriétaires qui se sont ensuite succédés jusqu’à nos jours ont contribué à préserver ce patrimoine.
 
L'architecture de Montbrun II
 

Le château de Montbrun est de forme rectangulaire. Il est soutenu à ses quatre angles de quatre puissantes tours rondes de 12 m de diamètre intérieur. Le donjon couronné de mâchicoulis en encorbellement, avec des arcades en plein cintre et une fenêtre géminée, est un vestige de la forteresse romane primitive.

La porte d’entrée, située au Nord, était jadis pourvue d’une herse et d’un pont-levis. Cette entrée était défendue par une petite tour ronde qui renfermait au rez-de-chaussée une salle pour le corps de garde et au premier étage une chapelle. Au Sud et à l’Ouest de la cour intérieure, des logements étaient établis. Ils communiquaient entre eux  de différents étages des tours. Enfin, une galerie crénelée au-dessus des mâchicoulis entourait entièrement le château. Des fossés remplis d’eau entouraient la forteresse.

Montbrun dans la littérature

L'écrivain Elie Berthet a publié en 1875 un roman picaresque intitulé "Le Château de Montbrun".
L'action se situe sur les lieux actuels et le récit ne manque pas de pittoresque, tout en se référant à l'histoire:

"Le château de Montbrun (Mons brunus) était une de ces vieilles forteresses dont les ruines, encore imposantes, attestent seules aujourd'hui la puissance de certaines familles féodales,éteintes ou dispersées.
 
 
Il s'élevait au centre d'une contrée montagneuse et couverte de bois. Les abords en étaient difficiles; sa situation à l'extrémité de gorges et de défilés presque impraticables, eût permis à une poignée d'hommes résolus et familiers avec tous les accidents du terrain, d'y tenir tête à une armée entière. Grâce à cette circonstance , autant qu'à la force du manoir, le seigneur châtelain avait pu conserver son indépendance depuis le commencement de la guerre; car les armées françaises ou les armées anglaises, qui tour à tour envahissaient l'Aquitaine, ne se souciaient pas de s'engager dans ce pays entrecoupé et dangereux, pour l'inutile satisfaction de réduire à l'obéissance un hobereau isolé, tel que le sire de Montbrun. D'ailleurs, il n'avait pris sérieusement parti ni contre l'une ni contre l'autre des deux nations; et chacune d'elles lui eût volontiers pardonné ses exactions pourvu qu'il arborât au haut de son donjon l'étendard bleu aux fleurs de lis d'or ou l'étendard blanc aux trois léopards."