Saint-Paul-la-Roche: le drame des templiers

C'était un samedi après-midi, vers la fin du mois de novembre. Je revenais bredouille, après avoir recherché en vain les ruines d'un château assiégé au XII° siècle non loin de cet endroit. Je m'arrêtais pour photographier un clocher qui semblait émerger en haut d'une prairie. Un ultime rayon de soleil éclairait encore l'église, juste avant la tombée de la nuit. J’observais l’effet curieux de ce spectacle crépusculaire lorsque la cloche sonna. J’en avais presque la chair de poule…

Une étrange histoire, que j’avais lue avant de venir sur ce lieu, me revint alors en mémoire : celle de Bernard de Villars, le dernier commandeur de la communauté des Templiers qui était établie,aux temps médiévaux, dans ce petit village chargé d’histoire, aux confins du Périgord et du Limousin. J'imaginais des loups hurlant à la lune, la nuit venue, dans ce pays couvert de bois et de fourrés, je croyais entendre galoper des chevaux, puis j'apercevais des cavaliers qui encerclaient une maison forte du village au fronton de laquelle on pouvait voir une curieuse croix rouge, aux extrémités échancrées. Et toute l'Histoire alors a défilé devant mes yeux...




Bernard de Villars
 

« Est toujours barbu, selon l’usage de l’Ordre, le samedi avant les Rameaux… »


Né dans la deuxième moitié du XIII° siècle, il fut d’abord prêtre dans le diocèse de Limoges puis reçu dans l’Ordre du  Temple vers 1293 ou vers 1294, à Paulhac par Géraud de Sauzet. Il était Commandeur de  localité de La Roche-Saint-Paul ( devenue aujourd’hui Saint-Paul-la-Roche) en 1307 (Trudon des Ormes). Le 13 octobre de cette même année, il fut arrêté, sans doute au petit jour, avec tous les membres de l’Ordre présents dans la commanderie. Ils furent emmenés sans ménagement à Limoges, semble-t-il,  par la milice du Sénéchal du Limousin et entendus par Renaud de la Porte, évêque de Limoges. Après une détention de deux ans,  ils furent conduits à Clermont-Ferrand pour y être de nouveau interrogés. Bernard de Villars avoua alors un certain nombre de « fautes ». Puis il fut soumis à un dernier interrogatoire en 1311 à Paris, devant une commission pontificale. Il fut du nombre de ceux qui « avouèrent » alors d’autres vices plus ou moins imaginaires, sans doute sous la torture. L’historien Raymond Oursel a d’ailleurs démontré que les deux dépositions de Bernard de Villars ne coïncidaient pas, d’où la présomption très forte d’un faux témoignage.

Bibliographie :

Michelet, Histoire de France, tome II, p 121  ( frater Bertrandus de Villaribus preceptor de Rupe Sancti Pauli petragoricensis 122-125 de diocesi Lemovicensi oriundus, quadragenarius)
Raymond Oursel, Le procès des templiers, Paris 1955
André Goineaud-Bérard, Templiers et hospitaliers en Périgord

 

 

Saint-Paul-la-Roche et ses vestiges

 


Que reste-t-il aujoud’hui de l’histoire des Templiers, à Saint-Paul-la-Roche? Le promeneur attentif pourra débusquer, ici et là, des traces encore visibles d'une présence d'abord templière puis hospitalière. A flanc de coteau, non loin de l’église du village, une maison se distingue des autres par sa situation plus élevée et par son toit à forte pente. En y regardant de plus près, on distingue des linteaux en calcaire qui évoque un style « Renaissance ». Cette maison passe pour une ancienne commanderie sans doute édifiée par l’ordre des Hospitaliers qui succédèrent vers 1316 aux Templiers et furent rattachés à Condat ( au bord de la Vézère).

Les derniers commandeurs Templiers de Saint-Paul-la-Roche connus d’après les pièces du procès furent Géraud de Lavergne (1290-1297) et Bernard de Villars évoqué précédemment. Quelles étaient les activités des Templiers dans cette région herbagère ? Peut-être l’élevage de chevaux pour la guerre, comme ceux qui avaient servi pour les croisades. Sur une maison ancienne du bourg, on peut observer une drôle de croix, finement gravée dans le calcaire. Doit-on en faire une croix templière ? Ce n’est pas évident à première vue, mais la terminaison potencée des branches latérales renvoie à un passé lointain, sans doute hospitalier, là encore. Il existait aussi un cimetière d’où auraient été exhumés quelques squelettes contenus dans des sarcophages en calcaire « avec une pierre sous la tête » et faisant face à l’est. Une habitante du village m’a certifié que son mari avait retrouvé, en labourant sa parcelle, une ancienne dalle funéraire avec des inscriptions un peu effacées, de couleur rouge. La pierre tombale fut laissée aux intempéries, et les couleurs ont aujourd’hui totalement disparu. Peut-être portaient-elles la croix templière écarlate bien connue. Le visiteur peut tout de même s’arrêter devant une petite chapelle édifiée au bord de cet ancien cimetière. Celle-ci se présente sous la forme d'un oratoire, avec une niche où a été installée une statuette de la Vierge. On remarque une croix en pierre, qui a été imbriquée dans la construction. L'ancien cimetière est visible derrière cette chapelle, on notera la forme bombée du terrain qui trahit la fonction primitive de ce qui est aujourd'hui redevenu une prairie.


 

 

La Roche-Saint-Paul au temps des vicomtes de Limoges

 

Ce village avait déjà défrayé la chronique alors que deux vicomtes de Limoges, Guy et Adhémar IV, accompagnés par le vicomte de Turenne Bozon II, avaient décidé de s’emparer d’une forteresse située non loin de l’actuel village, sur une petite hauteur escarpée appelée « Le Chalard ». Cela se passait en l’an 1143. La carte de Cassini, ci-dessus, conservait encore au XVIII° siècle la mémoire des différents lieux-dits qui ont marqué l’histoire de la contrée. A noter la localisation du « Chalard » et celle du « Temple ». Enfin, il faut signaler l’existence d’une ancienne carrière de quartz qui a été totalement exploitée. Celui-ci, qui était d’une pureté exceptionnelle, avait trouvé des débouchés dans l’industrie aérospatiale ( programme Appolo).

 

Un circuit templier et hospitalier

 

Pour vous imprégner de ces lieux, je vous propose un petit circuit  de 46km, parcouru en 2h14, soit 20,8 km/h de moyenne. Partant de Saint-Paul-la-Roche, il permet de découvrir également un autre lieu templier : le château de Château-Bouché, près d’Angoisse, dont la reconstruction en style Renaissance a également transformé le caractère défensif des origines. En passant par Angoisse, s’arrêter à l’église où une fresque représente, entres autres inscriptions,  une Croix de Malte. Tout près de ce village, le lieu dit « L’Hépital » conserve lui aussi la mémoire de l’Ordre des Hospitaliers.